Toutefois, peu à peu l´anglicisation des descendants des Huguenots se produisit : les mariages avec les Anglais, l´abandon de tout espoir de retour en France, conduisirent les Huguenots à s´intégrer rapidement à la société anglaise. On parla de moins en moins français, on anglicisa les noms de famille : Dubois devint Wood, Roussel, Russell, Grand, Grant ...

Les églises françaises se fermèrent progressivement. Lorsqu´en 1841 l´église de Threadneedle Street est détruite afin d´agrandir la rue, il ne subsiste plus que trois Eglises protestantes françaises à Londres. La communauté de Threadneedle Street fut d´abord transférée à Saint Martin le Grand, toujours dans la City, avant d´intégrer en 1893 le temple de Soho Square nouvellement construit par Sir Aston Webb (3).

Le choix de Soho Square n´était pas tout à fait anodin : en effet, au XVIII ème siècle Soho était l´un des quartiers où résidait la noblesse anglaise. Un grand nombre de Huguenots, spécialisés dans l´artisanat de luxe (horlogers, tailleurs, orfèvres, armuriers...) s´installèrent donc dans ce quartier à proximité d´une clientèle fortunée et exigeante.

Puis peu à peu, le caractère cosmopolite du quartier se développa : celui-ci accueillit dès la fin du XVIII ème siècle les réfugiés de toute l´Europe et en particulier les nobles français chassés par la Révolution (4). Au début du XIX ème siècle il était convenu d´appeler Soho le "quartier latin londonien" ou le "quartier français".

Aujourd´hui encore le nom de certaines rues témoigne de ce passé (Beaumont Place, Dufour Place, Foubert´s Place, Romilly Street... (5) ).

Au cours de la seconde guerre mondiale, l´église connue une nouvelle vague de réfugiés venus du continent, les Forces Françaises Libres, certes bien moins nombreuses que leurs prédécesseurs, mais tout autant épris de justice et d´esprit de résistance à l´oppression. Parmi eux, André Philip, Commissaire à l´intérieur du Général de Gaulle.

Aujourd´hui, l´église demeure une communauté vivante et diversifiée qui rassemble non plus principalement des réfugiés, mais des francophones héritiers de différentes traditions et cultures, qui demeurent fidèles aux même idées de la Réforme : descendants de Huguenots, Français venus s´installer de manière permanente en Angleterre ou expatriés de passage, Africains francophones, Suisses Vaudois, Britanniques...